La thérapie EMDR

ESPT

La thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est une approche psychothérapeutique neuro-émotionnelle de désensiblisation et de retraitement des informations faisant appel à la stimulation sensorielle par des mouvements oculaires, des stimuli auditifs ou cutanés, pour faciliter une résolution rapide des symptômes liés à des événements traumatiques du passé. Cette thérapie trouve ses racines dans la psychanalyse, la thérapie cognitive comportementale, la médecine humaniste, les thérapies systémiques et les thérapies brèves centrées sur la personne.

L’EMDR, créée à la fin des années 80 à San Francisco par la psychologue américaine Francine SHAPIRO, est devenue en moins de dix ans l’un des modes de traitement psychothérapeutique les plus efficaces du PTSD (Post Traumatic Disorder), ou en français ESPT (État de Stress Post-Traumatique).

Le protocole EMDR repose sur une approche humaniste et intégrative de la médecine et de la santé : la confiance dans notre potentiel d’auto-guérison, l’importance de notre histoire personnelle et du lien psychosomatique dans la genèse des troubles.

De très nombreuses études cliniques ont démontré la remarquable efficacité de l’EMDR dans la résolution des états de stress post-traumatique, tant chez des témoins ou victimes de traumatismes civils (viols, accidents, deuils, agressions, accidents automobiles etc…) que chez celles de pays en état de guerre ou des survivants des camps de concentration. Les victimes savent que le danger est écarté mais elles ne le « ressentent pas ». Les émotions sont refoulées et pourtant la détresse est, elle, toujours présente.

L’état de stress post-traumatique provoque une souffrance intense et peut transformer la vie du sujet concerné ou de sa famille en un quotidien insupportable s’accompagnant de dépression, troubles somatiques, phobies ou toxicomanie.

L’EMDR désamorce, débloque et libère les expériences traumatiques anciennes de leur charge émotionnelle et de leurs distorsions cognitives par un retraitement des informations. L’image narcissique du patient est restaurée et l’élan vital retrouvé.

Cette approche permet une révision de l’interprétation de la réalité passée et une réponse mieux adaptée au présent tout en favorisant une restructuration psychologique et affective ainsi qu’un meilleur fonctionnement personnel et social.

Outre les états post traumatiques, le champ d’application de l’EMDR s’étend aujourd’hui au traitement d’adultes et d’adolescents présentant des troubles anxieux, dépressifs, somatiques et psychosomatiques, à des patients handicapés, à des malades subissant des traitements médicamenteux lourds, au deuil etc.

LA SEANCE EMDR

L’EMDR permet donc au cerveau le retraitement de l’information émotionnelle afin de supprimer le traumatisme passé enkysté dans l’hippocampe, partie du cerveau qui gère les souvenirs. Avant de débuter le traitement EMDR, il est essentiel que le psychothérapeute et le patient établissent ensemble le cadre de leur futur travail par des entretiens préliminaires et une anamnèse rigoureuse permettant de cerner des contre-indications éventuelles.

C’est cette sécurité de l’espace thérapeutique qui offrira au patient la possibilité de se confronter à l’origine de sa souffrance.

Les bases du « travail » établies, le praticien aidera le patient à repérer et se représenter le plus exactement possible l’origine du problème ou l’événement cible, à ressentir dans son corps les perceptions, émotions et sensations qui lui sont liées. Pendant que les pensées et les affects (sentiments) remontent à la surface, le psychothérapeute opère des balayages de sa main devant le visage du patient qui les suit rythmiquement des yeux.

Ces séries successives et assez brèves de mouvements oculaires (30 secondes à quelques minutes) se poursuivent jusqu’à ce que les émotions se neutralisent et que les cicatrices émotionnelles du passé soient vidées de leur charge traumatique.

Régulièrement, le praticien invite le patient à évaluer son stress sur des échelles de valeur et l’aide à se détendre par des métaphores relaxantes.

Grâce au processus neurologique mis en marche, le cerveau est stimulé et métabolise ainsi les résidus dysfonctionnels du passé. Les souvenirs traumatisants perdent leur charge affective négative, ce qui met fin à la souffrance et aux réactions négatives (crises de panique, peurs incontrôlées, anxiété, compensations de toutes sortes, etc.).

Par ce procédé, les images, les perceptions et les souvenirs qui étaient encodés négativement dans le cerveau émotionnel sont littéralement «digérés» et perdent de leur intensité dramatique. L’adversité passée fait place à ce que Boris Cyrulnik nomme la «résilience».

Une nouvelle personne peut émerger.

L’EMDR s’inscrit à l’intérieur d’un traitement psychothérapeutique dont toutes les dimensions doivent être bien codifiées et structurées. Le processus complet comprend plusieurs étapes, dont une phase de préparation et chaque session requiert une intégration verbale indispensable. Entre les séances, le re-traitement de l’information émotionnelle liée à l’incident ou au matériel évoqué peut se prolonger sous formes de rêves occasionnant la réémergence d’autres souvenirs ou émotions inhabituelles.

Le travail se poursuit donc dans l’ «après-coup», c’est la raison pour laquelle le suivi thérapeutique et la dimension analytique sont indispensables à la «métabolisation» (ou digestion) de l’expérience.

Pour clôturer ce bref aperçu, l’EMDR n’est pas une approche adaptée aux dépressions endogènes, d’origine biologique ni aux états dissociatifs : psychoses, schizophrénie et autres démences.

Le livre de référence des praticiens EMDR et de l’enseignement de la méthode s’intitule « Eye-movement Desensitization and Reprocessing: Basic principles, protocols and procedures », publié par Guilford Press (2001).

Son auteur est Francine SHAPIRO, Ph.D, fondatrice de la méthode EMDR, Senior Research Fellow du Menlo Park Research Institute (« École de Palo Alto »), et présidente de l’EMDR Institute, Californie.

En juillet 2002, Francine SHAPIRO a reçu le prix Sigmund FREUD décerné conjointement par le Congrès Mondial de Psychothérapie et la ville de Vienne.