M.M. Corrèze – Handicap

Je suis venu au rendez-vous de M. Jean-Pierre Cauver avec, dans la tête, la conviction que toute ma vie était foutue en l’air par l’animosité de mon père contre moi.

Le motif qui me semblait essentiel était qu’il avait violé ma mère à longueur d’années et que j’avais fini par en être le produit bien visible.

D’où, selon mon ressenti, cette volonté de me faire disparaître de sa vue puisque j’étais « le fruit de son péché ».

C’était allé à un tel point qu’il avait fabriqué de ses mains un rouleau compresseur de quinze kilos pour mes cinq ans, une façon précoce de me dire qu’il aurait aimé me laminer.

Par ailleurs, mon père était un coureur de jupons invétéré et sous prétexte de consultation juridique à donner, il découchait tous les mercredis soir pour se rendre chez une cliente lointaine.

Cependant, il veillait à ce que ça ne se sache pas officiellement car il était très à cheval sur le « kendiraton » et entendait bien à ce que l’on respecte son nom.

Dame ! Il avait épousé une femme de la noblesse alors qu’il n’en était pas, tout en portant un nom illustre puisque sa lignée paternelle avait engendré à chaque génération un juriste hors pair pendant trois siècles. Dernier de cette filière, il défendait sa réputation bec et ongles tout en multipliant ses frasques sexuelles sous le manteau.

Pour Jean-Pierre Cauver, au fil de notre discussion, il s’avéra que le motif du « péché » de ma conception n’était pas suffisant pour entretenir à longueur de vie un harcèlement féroce accompagné de toutes sortes de maltraitances physiques et morales.

Sinon, combien d’enfants conçus dans les mêmes conditions auraient du subir les mêmes avanies durant toutes la vie de leur père ?

Au fur et à mesure de notre échange, il m’apparut ainsi que mon père n’était pas à la source de tous mes maux mais seulement un premier « effet secondaire » pas secondaire du tout.

En fait, j’étais né avec une malformation invisible physiquement pendant toutes mes premières années.

En revanche, sur le plan psychique, j’avais peur de tout, du noir, des inconnus, de toute forme d’autorité, et je collectionnais toutes les maladies de l’enfance, avec une spécialisation pour les rhumes, les bronchites et les angines.

Mon unique sœur qui aurait pu être ma mère jouait à la maman avec moi, sa « petite sœur ».

Ma mère, trop occupée par ses cinq autres enfants, se déchargeait sur sa fille et m’ignorait presque complètement. Je ne fut pas nourri au sein et ça m’a manqué toute ma vie.

Pire, ma sœur se maria sans crier gare le jour de mes trois ans et demi et me laissa seul, avec des frères hostiles à ma naissance et une mère qui ne me voyait pas.

Dès lors, je fus le jouet des uns et des autres. Je me sentais étranger dans cette famille, comme tombé d’une autre planète.

Je n’ai jamais vu, ne serait-ce qu’une seule fois, mes parents se donner une marque de tendresse, pas un baiser, pas une caresse, rien qui puisse manifester de l’amour, même pudiquement.

De plus, dormant dans une chambre contiguë à la leur, avec des cloisons aussi minces que sonores, jamais je n’ai perçu leur lit grincer sous le poids de deux corps en train de faire l’amour ; pourtant ce sommier était grinçant en diable !

En revanche, j’ai toujours entendu ma mère répéter à l’envie qu’elle ne voulait plus avoir de relations sexuelles après la naissance de mon dernier frère, ceci expliquant les assauts répétés de mon père pour compenser le rejet dont il était l’objet.

Car lui, qui faisait autorité dans sa famille comme dans son travail, lui, il avait précisément ce que la nature ne m’avait pas donné, à savoir des testicules en bonne et due forme. Les siennes étaient reconnues comme bien pourvues alors que je n’était absolument pas « côté en bourses ».

Mis en pension dès mes dix ans, je dus subir les douches collectives et ces jeux de garçon qui consistent à établir un corps à corps en groupe avec mains baladeuses à souhait.

C’est ainsi que j’entendis ce cri qui devint mon cauchemar : « M.M., il a pas d’couilles ! »

Dès lors, ma vie devint un enfer, nourrie de sarcasmes en rapport qui me suivaient partout. Tout lieu collectif, colonies, pensionnat, scoutisme, armée, toute activité qui nécessitait de se déshabiller en public m’exposait au risque d’être reconnu comme « celui qui n’a pas d’couilles », ce qui se réduisait à n’être qu’une « demi-portion », mais surtout pas un homme, tel que la société l’entend, un homme pourvu de sa virilité entière.

Et c’est là que mon père est entré en matière car, n’étant pas « monté » comme lui, j’étais la marque du déshonneur pour sa lignée toute entière, et pour lui en particulier, puisque c’est lui qui m’avait conçu.

Dès qu’il sut, de façon indubitable, que son fils ultime n’était pas « normal », il se déchaîna pour me faire disparaître de sa vue alors que, dans sa profession, il se faisait un point d’honneur de ne défendre que des présumés innocents. Pour lui, j’étais condamné d’avance puisque né atrophié dans ma virilité.

Vingt-huit ans plus tard, l’année de ses quatre-vingt ans, par tout un concours de circonstances peu ordinaires, il lui fut donné de prendre conscience que ce fils honni était tout autre que ce qu’il avait voulu en voir. A genoux, il me demanda pardon en pleurant.

J’étais bien trop blessé et inhibé par l’autorité paternelle. J’entendis sa demande et me sentis obligé de lui donner une réponse positive sans toutefois mesurer ce que cela signifiait au vu de tout le passif amassé derrière moi.

Il mourut deux ans plus tard sans avoir jamais réussi à créer un dialogue réparateur entre nous.

Ce qu’il m’avait imposé ne cessa jamais de faire son chemin meurtrier en moi.

C’est seulement le 23 juillet 2008, alors que j’avais soixante-trois ans et demi, que j’ai pu être totalement lavé de ma blessure initiale, la plus sévère, celle de ne pas être né comme tout le monde, avec une particularité insupportable pour un homme, et plus encore quand un père, des frères, des copains, des éducateurs religieux, des épouses successives, des collègues de travail indiscrets, des inconnus sur une plage ou dans une piscine, se permettaient de me railler, de m’abreuver de leurs sarcasmes, de m’humilier, voire de me rouer de coups comme s’il fallait encore payer et toujours payer davantage.

Ce 23 juillet, en une journée, j’ai pu littéralement muer, changer de peau, changer de vie, commencer ma vraie Vie, puisque ce calvaire n’avait cessé depuis l’instant de ma conception.

Je suis sorti essoré mais avec un ressenti extraordinaire de propreté ! Plus blanc que blanc. Dès la première nuit, j’ai retrouvé un sommeil paisible, sans la moindre appréhension de sinus bouchés à la clé, sensation inconnue depuis des décennies. Le lendemain, j’ai accompli la route du retour avec, déjà, des projets plein la tête.

Moi qui était si écrasé devant toute autorité, je me suis découvert capable de discuter d’égal à égal sans la moindre appréhension.

Par ailleurs, ma vue horriblement en baisse depuis le début de l’année, baisse qui avait engendré un rendez-vous chez une ophtalmo à l’automne, s’est modifiée radicalement en 48 heures avec la lecture nécessaire des ingrédients d’un pot de confiture, illisibles sans une loupe de fort grossissement.

Mieux encore : en octobre, j’ai été l’objet d’une agression par un groupe d’une trentaine d’arabes, ce qui m’a valu un traumatisme grave au niveau du bassin avec un choc d’une telle violence que je suis resté démantibulé avec perte de connaissance.

Aucune radio n’a jamais pu décelé la profondeur de ce « bleu » invisible, aucun kiné, aucun ostéopathe n’avait réussi à me soigner efficacement, même pas l’acuponcture qui peut être si efficace.

Depuis, je n’avais pas pu passer le balai plus de trois minutes sans ressentir une douleur effroyable au niveau du coccyx, de même il m’était impossible de rester penché en avant en porte-à-faux ou de faire la vaisselle pour ne citer que ces exemples-là.

Eh bien, j’ai pu vérifier par moi-même, six jours après la séance, que je pouvais, même en y pensant, balayer sans limite et me pencher en avant sans problème.

J’ai littéralement l’impression de disposer d’un dos neuf et d’un corps qui se remet de ses émotions négatives.

De même, en me mettant au volant de la voiture, j’ai pu constater que ce maudit chat qui s’installait systématiquement dans ma gorge avait disparu de la circulation !

Au fur et à mesure des jours qui passent, je prends conscience de mon assurance nouvelle sur ma Vie et, comme disent les amérindiens, je me sens « droit dans mes mocassins ».

Je n’appréhende plus l’avenir et les pires heures de ma survie ne sont plus que des souvenirs lointains sans ressentiment ni amertume.

Me voici tout neuf pour une retraite qui va être très active parce que mon potentiel créatif a été à peine entamé.

La preuve m’a déjà été donnée avec un débouché professionnel verrouillé jusque là qui s’est subitement modifié et m’a permis de recevoir une bonne nouvelle dès mon retour le lendemain de la séance .

J’ai la conscience que tout ce qui n’a jamais pu aboutir avant va pouvoir se couronner magistralement dans les temps à venir.

Grand merci à Jean-Pierre pour ses techniques libérantes, pour la qualité de son accueil au téléphone comme en tête-à-tête, pour son humanité pendant les moments difficiles, et merci de donner la possibilité de régler la factures dans des conditions uniques et tout à fait remarquables, ce qui rend cette pratique révolutionnaire à la portée de tous.

Je recommanderai ce savoir-faire à toute personne en grande souffrance intérieure.

[haut.]